
Où il est question de terminologie.
Nous avons beau être au XXI ème siècle dans une zone de monde où, globalement, les Droits de L'Homme servent de base à l'organisation sociale et politique, en dépit des égarements, je continue à entendre et lire des horreurs sur les individus qui ont la même "orientation sexuelle" (quel terme imagé! On se croirait en agence immobilière) que moi.
Une fois n'est pas coutume dans cet espace où je conte mes aventures, je vais y faire un peu de pédagogie en partant d'une idée simple: qu'un moteur de recherche finira toujours par orienter des yeux honteux ou tout simplement paumés vers ses lignes dont l'objectif vise simplement à faire réfléchir, bousculer les idées reçues et faire réagir. C'est déjà pas si mal.
Alors, je vais donc m'adresser à toi, directement. Toi qui est arrivé à ce niveau de la note. Peut-être es tu l'un de ces garçons qui se rend compte que l'attirance qu'il a toujours ressentie pour ceux du même sexe est de plus en plus marquée et ne peut plus se justifier par l'idée de passade ou de fin d'adolescence. Tu sais que tu ne te cherches plus puisque, dans le fond, tu as trouvé ce qui te plaît vraiment.
Peut-être es-tu ce jeune majeur, ou pas encore tout à fait (auquel cas tu ne devrais pas être ici! Mais on sait bien que les interdits parentaux sont faits pour être détournés) qui ne sait pas mettre de termes sur ce qu'il ressent par rapport à son meilleur copain... Celui avec lequel tu fais du sport, tu sors en boîte ou tu dragues les filles. Celui-là même avec qui tu as développé une étonnante proximité parfois ambigüe quand vos parfums se frôlent, vos respirations sont si proches...
Peut-être encore tu es ce rigolo, hétéro pur jus qui s'encanaille sur le Web gay pour mieux te moquer de ces "tarlouzes qui s'enculent" et faire le fier au milieu de tes potes, de vrais mecs eux, comme il se doit. Tu n'oses pas leur dire que tout celà t'intrigue. Tu n'es pas forcément attiré, non. Juste intrigué. Tu voudrais en savoir davantage sur qui fait quoi, pourquoi et comment.
Eh bien ton côté voyeur va être ici amplement servi, mais toujours avec pédagogie puisque c'est mon objectif!
Qui que tu sois donc parmi ces catégories, je ferai en sorte que tu trouves ici de quoi alimenter ta réflexion et je le ferai même en plusieurs notes. C'est te dire tout l'intérêt que je porte à ta démarche.
Commençons donc par le commencement et mettons nous d'accord sur la terminologie de base.
J'utilise plus facilement le terme de gay parce qu'il est direct et linguistiquement assez neutre. En effet, le politiquement correct voudrait qu'on utilisât le mot "homosexuel". Cependant, on remarquera qu'il induit une connotation quasi médicale qui réduit l'individu à un seul fonctionnement sexuel. Dire qu'on a des amis homosexuels équivaudrait à parler d'amis agoraphobes ou kleptomanes par exemple. Nous sommes dans le même type de vocabulaire.
A l'inverse, annoncer "pédé" est tout aussi limitatif, étant donné l'étymologie même du terme pédéraste forgé au XIX ème siècle (paides= enfant et Erastos= qui aime, qui forme, amateur). Or, un gay normalement constitué n'a pas plus d'attirance sexuelle pour un enfant que n'importe quel autre hétérosexuel. Sans parler de la dérive insultante qui est associée à ce mot dans le langage straight (hétéro). Pédé étant souvent accompagné ou associé au mot enculé.
L'autre avantage du mot gay réside dans le fait qu'il a une portée internationale, compréhensible dans pas mal de langues et valable pour les deux sexes. Dans notre (mauvaise) habitude à vouloir toujours franciser les termes, nous en arrivons à créer des non-sens en écrivant par exemple: une jeune femme gaie pour dire qu'elle est lesbienne. Aussi ai-je fait le choix de toujours user du mot sous sa forme anglaise: un ou une gay, des gays.
Les gays masculins cédant à une tentation très humaine ont eux-mêmes tôt fait de se catégoriser au sein de leur communauté. D'abord par jeu -pas toujours animé par un bon esprit d'ailleurs, la moquerie étant aussi une arme- puis par nécessité. Le regard de la société étant parfaitement réducteur, il a fallu affirmer quelques nuances de taille. La première tournant autour des "manières". Tous les gays ne marchent pas comme sur un podium et ne ponctuent pas leur propos de gestes pleins de grâce. De la même façon, tous ne sont pas à la pointe de la mode ou de la sophistication urbaine, tous n'habitent pas "seuls avec Maman/ Dans un très vieil appartement/ Rue Sarasate..."(Ch. Aznavour)
Pour faire simple on dira que c'est aux Etats-Unis, à la fin des années 1970 qu'est né le groupe auquel j'appartiens et qui porte le nom de bears, ours en anglais. Avec la longueur d'avance qui les caractérise -dans le meilleur comme dans les pire- et dans le contexte communautariste de leur société, les américains ont proposé cette alternative qui nous manquait: être gay tout en restant naturel et en ne cherchant pas à affadir la virilité mais plutôt la vivre sans complexe et la mettre en avant.
La pilosité en est le premier symbole. Ainsi, si vous cherchez une peu dans la production X US "vintage" des années pré-Sida, vous verrez que le mâle est souvent moustachu et poilu. Code qui, par ailleurs, correspondait parfaitement à la mode du moment.
Bref, le zazou tiré à quatre épingle avait désormais un concurrent. En Europe et en France en particulier, il faudra attendre les années 90 pour que le modèle Bear s'installe après être toutefois passé par le filtre du sportif viril et résolument masculin.
Aujourd'hui, si la diversité dans le monde gay est mise en avant par les associations, les courants plus politiques (l'épidémie du Sida ayant rapellé à toutes les personnes douées d'un minimum d'intelligence que le virus, lui, ne fait pas de distingo), elle est loin d'être acceptées sur le terrain. L'ours est à la mode mais pas tant pour l'esprit qu'il devrait avoir -liberté, convivialité, bonhommie- que pour l'image du mâle naturel qu'il véhicule. On veut son "nounours" mais on continue à ne jurer que par l'athlète qui fait la couverture d'un magazine comme Têtu ou les corps sculpturaux des rugbymen du Stade français...
Si la devise de l'Union européenne est "Unis dans la diversité", c'est encore loin d'être le cas dans la communauté gay. Cela constitue sans doute l'une de nos principales limites et donc l'un de nos points faibles face à l'obscurantisme et aux attaques.
What about le plaisir anal?
Après avoir fait un point sur la terminologie de base et recadré les choses, dans une première partie, continuons ici sans langue de bois si tu le veux bien.
Dans le monde hétéro, surtout masculin, on entend souvent cette remarque lâchée entre deux rires gras, accompagnée éventuellement d'une fausse mine de dégoût, une remarque aussi peu fondée que poétique:
"les pédés doivent avoir le cul tout distendu à force de se faire mettre!".
Mon petit trou en quasi gros plan -le plus artistique possible, tout de même...J'ai une image de marque à préserver!- ci-après devrait parfaitement illustrer le contraire, de même que mon propos. Et Dieu sait que ça n'est pas faute de me le faire explorer et pilonner.

Parlons donc ici de sodomie masculine en écho à une note que j'avais publiée il y a quelques temps sur ce même journal. Une fois encore, les propos gras sont bien trompeurs parce qu'il simplifient à l'extrême des aspects autrement plus complexes...et donc intéressants.
Commençons par le commencement en abordant d'abord le côté anatomique de la chose. L'anus se compose d'un muscle circulaire comme il en existe plusieurs dans le corps (dans le réseau digestif), le sphincter. Ce muscle est organisé pour se contracter et se dilater, action facilitée par une lubrification naturelle allant de l'intérieur de l'ampoule anale (ou rectum) vers l'extérieur afin d'évacuer les selles. Il a donc une certaine capacité d'ouverture et de rétractation, capacité qui se travaille comme se travaille tout autre muscle régulièrement sollicité.
La dilatation n'est donc pas, en soi, un problème puisqu'elle est programmée. La question porterait plutôt sur le seuil maximal. Jusqu'à quelle limite peut-on le dilater?
Le paradoxe vient du fait que la zone périnéale où se trouve l'anus soit chez l'homme en particulier très sensible à l'excitation. Etrange si on ne la considère que sous l'angle d'appareil excréteur.
De plus, le positionnement interne de la prostate (qui fournit le liquide séminal) et tel que l'organe jouxte la paroi de l'ampoule anale. Bref, un simple toucher rectal permet au praticien d'en évaluer la grosseur en cas de problèmes. Les études médicales ont montré que la sodomie agit comme un massage de la prostate, donc comme un stimulant.
Etant donné que les femmes n'ont pas de prostate ou d'organe à portée similaire placé de la même façon dans leur anatomie, la sodomie n'aurait pas le même intérêt mécanique. Pourtant, dans la production X , c'est une pratique courante parce qu'elle excite l'imaginaire masculin...Sans doute plus d'ailleurs que les fantasmes féminins.
Et c'est là que cela devient intéressant. Si l'on considère l'anus juste comme étant un point d'évacuation, on le prive de ce qui est, à mon sens, chez l'homme, son véritable intérêt: une zone fortement érogène en lien étroit avec les centres du cerveau dirigeant les hormones du plaisir et de la satisfaction (dopamine, endorphine...). Pourtant, c'est bien parce que c'est une zone considérée comme "sale", "impure" que la pratique de la sodomie a toujours été condamnée. Par ailleurs, une relation anale ne visant pas à la procréation, la morale animée par les religions a tôt fait de s'opposer à une sexualité sans objectif tangible.
Bien sur, se faire enculer n'entraîne pas de risque de distension. Le soucis viendrait plutôt de la façon de procéder et des risques liés à des micro-blessures de la muqueuse recouvrant ledit muscle.
La lubrification naturelle n'étant garantie que dans un sens, il convient avant de pénétrer de pallier cette défaillance au moyen de gels et autres préparations siliconées qui garantissent, de plus, contre un échauffement du latex du préservatif.
Par ailleurs, comme toute autre pratique sexuelle, celle-ci nécessite de la douceur, une gradation dans l'effort et du temps pour bien la posséder.
L'anatomie, on l'a vu, permet déjà de contrecarrer le postulat de base. C'est le psychisme qui va constituer la meilleure démonstration du fait que, non seulement, la sodomie virile est un vrai plaisir sain, mais qu'en plus, elle est constructive.
Sauf s'il se trouve dans une pièce équipée de miroirs ou encore de caméras, le partenaire dit passif, c'est à dire celui qui subit les assauts de son amant, ne peut pas voir la pénétration. Il la sent et la visualise, mobilisant à la fois le physique et les ressources du psychique. Ce sont ces dernières qui vont donner tout leur sens à ce plaisir.
La dilatation de l'anus, le frottement de la muqueuse contre la hampe veinée du chibre qui défonce, celui du gland contre la prostate accompagnent un véritable chambardement qui a lieu dans la tête.
Celui-ci fait voler les barrières du convenable, de l'image de soi aussi et ouvre des portes enfouies sous des tas d'interdits. L'envie de ne plus s'appartenir mais d'être à l'autre, entre le jouet et l'esclave, surgit. Celle d'une soumission presque totale également même si l'esprit résiste.
Non, je ne suis pas cette salope qui se fait trouer comme une chienne...Et pourtant si, je le suis. Et le pire c'est que j'aime ça! Je veux que le mâle qui me prend soit mon mâle, qu'il me domine totalement, qu'il me possède. Je suis à la foi moi et un autre. La sodomie a rendu la barrière freudienne du surmoi totalement perméable et mes pulsions prennent corps.
Ces sentimenets sont perçus à des degrés divers en fonction du contexte, du ou des partenaire(s), de l'importance qu'on leur accorde, certes, mais on tourne toujours autour des mêmes choses. Ce peut-être aussi l'amour qui habille cet instant de domination et de possession.
La sodomie met à jour ces méandres secrets, elle rend possible leur exploration. Evidemment, une fois l'orgasme passé, on revient à la situation de départ, mais quelque chose a irrémédiablement changé. Voila pourquoi la première sodomie est un moment capital. Ratée, elle renforce les peurs.
Dans l'imaginaire hétéro mâle, l'enculé est celui qui n'est pas vraiment un homme. Précisément parce qu'il subit un outrage. Ici encore l'erreur est grossière car, hormis dans le cas du viol où toute pénétration est ressentie comme une blessure faite à la façon d'une arme blanche, à la fois dans les chairs et dans l'esprit, si le passif se fait prendre c'est qu'il l'a choisi, qu'il le désire, parce que la sodomie le confirme dans sa propre virilité. Pas question d'insulte physique ici.
Et l'on en vient à un aspect central, celui du révélateur. Le sexe anal viril est est meilleur révélateur de sa propre virilité. C'est parce qu'un homme a fait l'expérience de ce voyage en lui même, de cet abandon qu'il prend conscience de ce qu'il peut donner à d'autres mâles, de ce qu'il peut leur révéler de leur propre personnalité.
Alors, après tout ça, tu dois te demander comment ça se passe, quasiment minute après minute, quand on se fait enculer. Je te dirais que le meilleur moyen de le savoir c'est encore de passer à l'acte. Mais je vais tenter de t'en donner un aperçu avec des mots.
D'abord il faut être en confiance, que les mains de ton partenaire se soient beaucoup posées sur toi, que tu aies pu sentir son corps contre le tien, son souffle sur ta peau. Il faut aussi qu'il ait pris le temps d'ouvrir ton petit trou en le caressant du bout des doigts ou en le léchant profondément (ne te rengorge pas, rien n'est sale dans cette pratique), que sa langue soit déjà entrée en toi afin de t'ouvrir en douceur.
Au début, tu auras peut-être un peu mal, car il faut donner le temps au muscle anal de se dilater mais si ton gars est respectueux de toi, il le sentira et adaptera son plaisir au tien. Car cette petite douleur du départ fait aussi partie du plaisir. Le lubrifiant est là pour faciliter les choses et rendre progressivement les mouvements des reins plus amples et les sensations plus agréables.
Dans les pornos, il est de bon ton que le partenaire passif développe en même temps qu'il se fait prendre une splendide érection qui peut même le mener à une éjaculation abondante. Il s'agit là de cinéma car nous n'avons pas tous cette capacité! Aussi ne t'inquiète pas si tu ne bandes pas pendant que ton cul est exploré. Ta jouissance sera alors plus intériorisée, plus psychologique et elle sera double puisqu'après cette première, tu auras tout le loisir de décharger à ton tour.
Il faut surtout que tu abordes la sodomie sans peur, avec une grande curiosité et l'envie de mieux te connaître. Elle est un jeu et un plaisir profondément masculin. Elle te permet de vivre certaines pulsions animales, de te soumettre à plus puissant, mieux monté que toi, sans honte et avec une sorte de jubilation.
Je ne cherche pas ici à te convaincre, juste à te montrer que les jugements hâtifs ne sont finalement faits que de craintes et de méconnaissance. Il en va des choses du sexe comme du reste. Si tu es capable de comprendre que deux mecs qui baisent n'est pas quelque chose "sale" ou "contre-nature", même si toi-même tu ne te sens pas concerné ni particulièrement attiré, alors ma démarche n'aura pas été inutile.